Identités recomposées : une interview de Lynn Hershman Leeson

Kevin Holmes 28 février

Roberta Construction Chart #2, 1975

La Bitforms Gallery de New-York inaugure demain Touched: A Space of Relations, une exposition qui entend explorer « le sens du toucher en tant que métaphore de la présence corporelle et point de passage entre les frontières ». Quatre artistes féminines y seront exposées: Janine Antoni, Lygia Clark, Annette Messager et Lynn Hershman Leeson.

Nous avons rencontré Lynn Hershman Leeson, une pionnière des arts numériques qui a commencé à incorporer la technologie dans son travail dès les années 1970 et qui a été un des tous premiers artistes à se servir d’internet pour interroger le rapport entre mondes réels et virtuels.

The Creators Project : Vous êtes exposée à la galerie Biforms de New-York. Vous pouvez nous dire en quoi consistera cette exposition et ce que vous y exposez ?
Lynn Hershman Leeson :
J’expose ma pièce de 1966 Self Portrait as Another Person , qui doit être ma première sculpture sur l’identité. J’expose aussi une photographie d’une Guerilla Girl et deux pièces de 2011 : Alchemist Wand qui détecte des toxines invisibles et Home Front, une poupée déchirée par une scène de violence domestique.

Quand avez-vous commencé à utiliser la technologie dans votre travail ? C’est une élément important pour vous ?
Je l’ai fait parce que c’était à la fois amusant et intéressant. Ca me permettait de repousser les limites de l’espace, et d’étendre les possibilités d’oeuvres in situ. Quand j’ai commencé à le faire, en 1979, personne ne l’avait encore fait dans une oeuvre d’art je crois.

Est-ce que cette scène des nouveaux médias a évolué depuis les années 1980 et 1990 ?
Cette scène n’est pas très différente des autres scènes artistiques et a posé les même problèmes. Ce c’est jamais facile de créer un nouveau genre et pendant trente ans personne ne nous a pris au sérieux.

Self Portrait as Another Person

Vous vous êtes crée plusieurs alter égos, comme Roberta Breitmore. Que vous ont-ils appris sur l’identité et la question du soi ?
Toutes les identités et tous les avatars du soi sont toujours médiés par la culture et imprégnés des stéréotypes de leur époque. Il est toujours possible de rejeter ce déterminisme, comme l’ont fait James Baldwin et Toni Morrison, mais il faut toujours avoir conscience de son existence.

Internet et les mondes virtuels nous enjoignent d’adopter des personnalités et identités virtuelles en permanence, est ce que ça veut dire que nous sommes tous des artistes numériques ?
Non. Certains exploitent les limites des systèmes performatifs et des identités. Certains sont des artistes, les autres non.

Votre travail évoque régulièrement la vie artificielle : poupées, automates, cyborgs. Qu’est ce qui vous fascine dans ces formes de vie ?
Ce sont des humanoïdes, et ils vivent plus longtemps que nous.

Et tous ces mediums vous permettent d’aborder différents univers artistiques ?
Les publics sont différents, et parfois le même thème ou le même message sera perçu de différentes façons.

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