Les galeries virtuelles prennent le pouvoir : une interview des fondateurs de bubblebyte.org
Les galeries d’art en ligne existent depuis que les artistes produisent sur, pour et au sujet du web. Elles ont même connu un certain âge d’or au tout début du net.art, qui a coïncidé avec l’éclatement de la bulle internet à la fin des années 1990. Les sites personnels d’artistes comme les canaux institutionnels des musées, comme le Gallery 9 du Walker Art Center de Minneapolis, l’ArtPort du Whitney Museum ou Rhizome du New Museum de New York ont ouvert leurs portes virtuelles à peu près au même moment, avant de fermer ou d’être laissés en friches quelques années plus tard quand l’intérêt et les budgets pour ces types de projets se sont évaporés.
Mais ces derniers temps, une nouvelle cohorte de net artistes a fait son apparition, cette fois-ci avec un tout autre degré d’urgence, de pertinence et de sophistication. Comme si le net art, en tant que medium, avait pris son temps pour mûrir. Mais, surtout, c’est le climat du web qui a changé ces dernières années, passant d’une marge foisonnante pour nerds à un medium foncièrement ancré dans la culture populaire.
Aussi, de nouvelles galeries en ligne ont émergé sur la toile, comme Fach & Asendorf et la Klaus Gallery. Le Whitney a récemment rénové son site ArtPort avec une œuvre commissionnée de Ursula Endlicher (dans le même temps, notons que Rhizome maintient sa remarquable mission de mise en valeur et d’archivage du net art).
bubblebyte.org, qui a fêté le weekend dernier son premier anniversaire, est sans doute l’illustration la plus intéressante de ce nouveau mouvement. Le projet a té initié par Rhys Coren et Attilia Fattori Franchini, qui s’en sont servi pour exposer des œuvres numériques remarquables de divers artistes.
Pour fêter dignement cet anniversaire, ils recourent à une initiative particulièrement intéressante consistant à exporter la galerie dans un espace physique, la galerie The Sunday Painter à Peckham, Londres, le temps d’une exposition intitulée PRIMO ANNIVERSARIO. L’exposition a ouvert ses portes il y a quelques jours et est ouverte jusqu’au 12 février. On a pu rencontrer les fondateurs du projet pour évoquer le bilan de ces douze premiers mois d’activité.
The Creators Project : c’est comment de diriger une galerie d’art en ligne ?
Attilia Fattori Franchin : Je dirais que c’est exigeant mais stimulant. Les variables à prendre en compte sont complètement différentes de celles d’une galerie classique. Le temps et l’espace sont moins problématiques, car vous êtes ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et que vous pouvez toucher n’importe qui dans le monde. Mais il manque ce rapport concret, expérientiel, la physicalité des œuvres, le contact avec le public et les artistes. La plupart des artistes que nous exposons sont des amis, mais on ne les voit jamais, parce qu’ils sont souvent à l’autre bout du monde. En même temps, on jouit d’une liberté unique comparé à tous les autres formats, grâce aux faibles coûts et à l’accessibilité des œuvres, et on peut exposer tout ce qu’on veut, ou tout ce que les artistes veulent, sans aucune contrainte. C’est assez rafraîchissant et c’est ce qui nous pousse à repousser les limites de l’exposition.
Rhy Coren : Pour moi, il y a aussi la construction du site et sa maintenance. C’est extrêmement simple, c’est presque de l’html basique, mais la compatibilité entre navigateurs et les problèmes de serveurs suffisent à me donner des sueurs froides et à m’assurer quelques nuits blanches.
Comment mesurez-vous le succès ?
AFF : Quand je vois où en est bubblebyte.org aujourd’hui, je me dis que c’est un projet intéressant pour exposer le travail d’artistes qu’on admire énormément et de présenter ces œuvres à un large public, qui s’y intéresse de plus en plus. Il y a beaucoup de choses à faire et c’est plutôt excitant de se dire qu’il nous reste beaucoup de choses à montrer, donc on a encore de la marge avant de se préoccuper de notre succès.
Rhys : Rapporté au contenu jugé « populaire » sur le net, on existe à peine. On n’est même pas un point sur le radar. Mais comparées à d’autres sites d’art nos statistiques de fréquentation sont élevées. Comparées à d’autres galeries du même âge, nos « visites » quotidiennes sont impressionnantes. Combien de galeries en ligne font 5000 visites par jour ? Une petite journée pour nous, c’est 100 personnes venues de 20 pays différents. Ca rend humble.
Quels étaient vos objectifs en créant cette galerie, et pensez-vous les avoir atteints un an après ?
AFF : Au tout début, on ne s’est pas vraiment fixés de buts, à part le désir d’exposer nos artistes préférés avec les outils qu’on avait en main : le web, un bon réseau et pas d’argent. Avec le recul, un an après, je crois qu’on y est parvenus.
Vidéo de Lucky PDF
Que se passe-t-il quand une galerie virtuelle organise une exposition physique comme celle que vous organisez ?
AFF : Exposer de l’art numérique dans un contexte physique exige beaucoup de préparation et un équipement spécifique pour exposer correctement les œuvres. Comme la majorité des artistes que nous exposons vivent à l’étranger, c’est à nous d’intérpreter leur vision de l’accrochage de leurs œuvres. Dans PRIMO ANNIVERSARIO il y a beaucoup de gens impliqués comparés à nos expositions en ligne, et grâce au travail acharné des gens de la galerie The Sunday Painter et à ns amis qui nous prêtent du matériel de Seventeen, [SPACE], Lucky PDF, etc, tout est en place pour l’exposition. Tous les câbles, tous les moniteurs, tous les lecteurs DVD, tous les projecteurs, tous les ordinateurs portables.
Qu’est ce qu’une galerie en ligne peut offrir aux gens qu’une galerie physique ne pourrait leur offrir ?
AFF : Etre ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et la possibilité de regarder des œuvres dans leur forme primitive, originelle, dans l’intimité de son chez-soi, autant de fois qu’on le veut.
Les galeries en ligne aspirent-elles à devenir des galeries physiques ?
AFF : Pas vraiment. Parfois elles aimeraient migrer vers le vrai monde et voir ce qui se passerait mais elles évoluent dans un monde vraiment à part.
Rhys : Les galeries en ligne font partie d’internet, et donc d’une culture du partage. Les vraies galeries évoluent dans un monde commercial ou dans un monde subventionné, et par là contraintes de satisfaire des objectifs chiffrés.
Quels sont vos lieux d’exposition favoris, réels ou virtuels ?
AFF : Il y en a beaucoup. Le New Museum et Rhizome à New York, la Future Gallery à Berlin, Seventeen à Londres, Preteen Gallery à Mexico et 319 Scholes à New York pour en citez quelques uns.
En ce moment il y a beaucoup de galeries dirigées par des artistes à Londres, comme Arcadia Missa, French Riviera et Son Gallery qui font un travail fantastique pour promouvoir et soutenir les artistes.
Rhys : On peut ajouter Team, Stuart Shave et Kate MacGarry à la liste.
Artistes exposés par bubblebyte.org : Oliver Sutherland, Rob Chavasse, Laurel Schwulst, Pascual Sisto, Sara Ludy, Duncan Malashock, Oregon Painting Society, Nicolas Sassoon, Sabrina Ratté.
The Sunday Painter, 1st Floor, 12-16 Blenheim Grove, London, SE15 4QL
28 January – 12 February 2012. Thursday-Sunday, 12.00PM – 6.00PM
Private view: 27 January, 6.00PM – 9.30PM




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