Un documentaire interactif interroge notre rapport à la nature et à la technologie

Kathleen Flood 26 janvier

L’autre soir, je regardais la télé quand je suis tombée sur une pub représentant un couple parti randonner et faire du camping dans les bois. La femme n’avait vraiment pas l’air rompue aux joies des activités en plein air, mais elle se composait un joli sourire figé tandis qu’elle escaladait des escarpements abrupts tout en chassant les moustiques. À la nuit tombée, autour du feu de camp, le type sort un ordinateur portable et lance un épisode de Boardwork Empire, « LA » série de sa tendre moitié, qui sent soudainement toute la vie jaillir à nouveau dans ses veines, toute consolée qu’elle est d’avoir trouvé un réconfort aux duretés des nuits à la belle étoile.

Ce type d’images et de discours publicitaires me pousse à me demander si on a atteint une sorte de seuil qui nous empêcherait de profiter de la nature sans recourir à la technologie (sans parler des villes, où nous avons déjà démontré notre incapacité à survivre sans nos appendices technologiques). Mais, surtout, nous demandons-nous suffisamment comment notre usage de la technologie, et même notre simple présence, affecte la faune et la flore ?

C’est la question que se sont posées Jeremy Mendes et Leanne Allison dans leur nouveau web-documentaire interactif Bear 71, soutenu par le National Film Board of Canada (NFB), et qui a été présenté en avant-première au festival Sundance il y a quelques jours.

Ce documentaire de vingt minutes suit la vie quotidienne d’une ourse des Rocheuses canadiennes, marquée et suivie par les rangers du Parc National de Banff, de 2001 à 2008. Son histoire est racontée du point de vue de l’ourse, nommée Bear 71. Le film comprend des scènes clés de la vie de l’ourse et une carte virtuelle dans laquelle le spectateur peut naviguer librement et où il peut consulter plus d’un million de photos prises par Allison avec des caméras à détecteurs de mouvement, mais aussi des vidéos, joliment illustrées par des morceaux de Radiohead, Atlas Sound, Tim Hecker et Caspian.

En observant la vie de Bear 71, on comprend les changements qui ont affecté le paysage et son mode de vie, comme ces odeurs humaines qui troublent son flair et sa faculté à trouver de la nourriture, et, surtout, ses instincts animaux bouleversés par ces mutations. Le documentaire suscite des interrogations de type « comment pouvons-nous coexister avec la nature ? » et interroge notre rapport aux animaux, à notre environnement et à la technologie.

Les utilisateurs peuvent interagir avec le dispositif, et explorer le monde de l’ours via webcam (où ils peuvent communiquer en temps réel avec d’autres utilisateurs) ou en visitant le micrositeBear 71 .

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