Alors que la plupart des pianistes professionnels embrassent un mode de vie austère, solitaire, rythmé par l’étude, et soumis à une discipline de moine capucin, Chilly gonzales a choisi en sentier plus extravagant et plus fun.

Sa carrière, entamée à Toronto par une formation classique, l’a fait caboter entre Berlin et Paris, le rap et la pop, des concerts fantasques et des albums solo introspectifs, des œuvres personnelles et des collaborations avec ses potes canadiens Feist et Peaches, mais aussi avec Jamie Lidell, le réalisaeur Adam Traynor et beaucoup d’autres.

À Berlin, à la fin des années 1990, Gonzo profite de l’intense scène artistique underground de la capitale européenne de l’art et de l’oisiveté créative pour se transformer en super héros pop, et devenir un ‘entertainer’ complet, amateur de peignoirs en éponge, de récitals de piano acrobatiques et de live à mi-chemin entre l’âge d’or du rock de stade et la performance d’art contemporain. La scène rap alternative européenne lui fournit par ailleurs l’occasion d’un nouveau personnage, qui vient approvisionner ses amis MCs en beats et samples rap.

Son groove expérimental est à la fois loué par la critique et reconnu par le public, et son album piano solo (2004), par sa maîtrise technique et ses mélodies mélancoliques hantées par l’esprit d’Erik Satie, lui vaut une reconnaissance internationale.

On a rencontré Chilly Gonzales dans sont studio parisien pour en savoir plus sur ses influences, son rapport aux musiques pop et expérimentale, et, au passage, pour apprendre comment jouer du disco sur un piano Bechstein. Gonzo a beau confesser être un « génie musical », il voue une passion plutôt saine pour la musique, et il refuse d’être un fétichiste, préférant se décrire comme un « scientifique de la musique », que ce soit sur un piano à queue ou sur un clavier Casio.

La connotation très cinémtographique de son œuvre, qui n’a pas échappé à la critique, l’a poussé à s’aventurer devant la caméra, et, avec son camarade Adam Traynor, il s’est glissé dans le rôle d’un joueur d’échecs pathétique, dans un « film d’action » à la Rocky, Ivory Tower.

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